Shaga : La quête de sens à travers les nuances de l’âme
On est en septembre 2022, il fait beau, il fait chaud. Je pars alors pour mon Erasmus, en quête de liberté et de moments inoubliables. Sur le chemin en train, je découvre en lecture aléatoire un nouveau morceau, Goutte d’eau, dont je reconnais la voix d’un artiste que j’affectionne tout particulièrement, Gringe. Il est accompagné d’un petit jeune dont je ne connaissais pas encore le nom mais dont j’allais très prochainement me souvenir.
Ce personnage m’intrigue, je me demande alors qui a bien pu réussir à sortir Gringe de sa grotte, de la salle du temps où je l’imagine préparer les meilleurs couplets de sa vie. Gringe fait rarement de featurings, et c’est généralement avec des artistes confirmés. Alors pour qu’il vienne poser son 16 avec un rookie, là ça m’a intrigué.
Je découvre alors Shaga, le personnage principal de notre histoire. J’arrive directement à m’identifier à son texte très imagé, accompagné de ce beat planant qui colle parfaitement à l’esthétique de Gringe.
"Ma vie c’est pas un film" : Entre Réalité et Idéaux
Ce morceau, il fait partie de Rien à Fêter, son second album, sorti à l’été 2022. C’est un projet qui respire le vivant, on y découvre le contraste d’une jeunesse qui veut vivre, profiter mais qui est confrontée à un questionnement permanent sur son avenir et sur soi-même. Rien à Fêter, c’est 30 min pendant lesquelles on y découvre un Shaga qui mêle les influences classiques du rap avec des touches plus modernes, où la mélodie trouve sa place au côté des beats percutants. Les backs très aériennes mélangées aux paroles souvent crues créent un tableau multicolore dans lequel il peut exprimer une myriade de sentiments.
Il dépeint sur cette toile musicale sa vision du monde, sa perception nuancée de lui-même, ses phases, ses relations, sa démarche.
Shaga, c'est des changements de rythmes, de l'intensité, une dose de vérité - subjective sans doute. Le tout mélangé à une légèreté et une douceur pure qui nous font sourire. C’est aussi un personnage atypique, on peut le voir se maquiller pour coller au personnage charmeur comme dans le clip d’Encore ou bien se faire des cornes de diable avec ses cheveux pour Réveille Moi.

"Là où la lumière touche les nuages" : Une Dualité entre Ombre et Lumière
En parlant de diable, son aventure continue en 2023, avec la sortie de Paradis, un projet aux sonorités plus électro et plus rock. Les prods presque House, accompagnées de riffs de gratte électrique rentrent dans la tête jusqu’à devenir des vrais hits comme Ave Maria. Le côté instrumentiste de Shaga s’exprime davantage pour obtenir des productions encore plus complètes. Là où Rien à Fêter jouait avec des atmosphères mélancoliques, Paradis semble jouer avec l’idée de la lumière traversant les nuages. Ce projet invite à la réflexion sur la dualité entre la quête de lumière et la confrontation aux ténèbres, qui trouve sa place dans chaque morceau. C’est encore cette notion de nuance, indispensable de nos jours, qui crée ce mélange où les basses profondes et les mélodies aériennes viennent contraster avec des textes souvent profonds et pleins de contradictions.
Une Lueur d’Espoir en 2025
Depuis 2023, Shaga continue son exploration musicale et nous offre régulièrement des singles, qui lui permettent une plus grande palette de sonorités. De la teinte jazzy de Mélodie, au refrain envoûtant et nonchalant de L.S.D., en passant par le bounce romantique de Gratte Ciel, Shaga se découvre et s’affine au fil du temps, pour trouver le mot juste, la note qui nous fera chavirer. Je ne suis plus l'étudiant innocent de 2022 (fort heureusement). Et de la même manière, Shaga évolue et laisse derrière lui une part d'innocence révélant ainsi un nouveau chemin sur la longue route qu'est la quête de sens. Il parcourt ce chemin sinueux avec de plus en plus d'assurance. Parfois nostalgique, toujours percutant, il transforme son vécu en évangile apocryphe dans lequel on plonge avec plaisir et on nage avec envie. C'est ce vécu transcendé, raconté comme des paraboles qui me touche autant. Bercé par le rap dans ma jeunesse, j’accorde énormément d’importance à la démarche artistique et à la manière de raconter ses histoires et c’est ce qui fait que j’aime autant Shaga.

J’ai déjà pas mal filé de métaphores bibliques. Mais Shaga c’est un peu le messie. C’est l’artiste qu’on a envie de suivre en 2025. Celui avec qui on a envie de parler après un concert. Celui qui nous offre un miroir de la réalité. Mais surtout celui qui nous offre l’espoir.